Arrivé sur Terre le 30 juin 1982 après une gestation humaine réglementaire, Yohan, que l'on appellera plus tard AIGZOCET, ne put attendre davantage que ses douze premiers mois pour mettre en route son moulin à paroles. Vinrent une poignée d'années plus tard les temps scolaires où on lui enseigna entre autre l'écriture, la lecture et tant d'autres composantes littéraires qu'il aura tôt fait de considérer comme ses préférences. Dès l'adolescence, Yohan s'essaye alors à la poésie, à la nouvelle, avec déjà pour sujet de prédilection l'être humain, son évolution, ses moeurs. Par ailleurs, par delà cet attachement à l'utilisation des mots se dessine une passion sans limite pour la musique. Le jazz, la soul et finalement la musique noire américaine dans son ensemble, avec des affinités toutes particulières pour la "pop" de Michael Jackson et le hip-hop américain de la Côte Est. Le temps continue de filer et les oreilles du jeune mélomane ne cessent de s'ouvrir à tous types d'univers musicaux jusqu'à ce qu'en 1995, il découvre le courant français du rap. Chez lui, à Périgueux en Dordogne (24), une radio locale propose une émission hebdomadaire spécialisée en hip-hop. Yohan découvre alors un style musical où le texte a une place majeure, où les thèmes sont au plus proche des préoccupations quotidiennes de l'Homme, une musique ponctuée par des lignes basse/batterie créant un véritable impact et offrant une multitude de possibilités techniques au chanteur. En bref, le rap se présentait comme une alternative musicale au travail d'écriture auquel Yohan s’adonnait. Voilà comment il décida d'allier ses mots à la musique.
Naissance d'un Aigzocet
Les premières ratures, les premiers brouillons, les premières pages, tout ceci fut conçu dans la plus grande intimité de sa chambre au son des acteurs phares de la scène hip-hop française tels que IAM, Fabe, NTM... En 1997, Yohan franchit le pas et décide de faire découvrir à ses proches le fruit de son travail. Les premiers retours encourageants lui permirent d'ajouter encore plus de coeur à l'ouvrage et de persister sur cette voie. A cette époque, Yohan devient AIGZOCET. Footballeur depuis sa plus tendre enfance, on le disait sur les terrains "rapide comme un exocet". Il n'hésite pas davantage et emprunte ainsi le nom du missile ou du poisson-volant. Ainsi jusqu'en 2002, il multiplie les expériences discographiques et scéniques, en solo ou au sein de ses premiers groupes (Le Protocole, Verbaliz). C'est ici le temps des premières confrontations avec le public, les premiers encouragements, les premières sensations artistiques. AIGZOCET décide alors de créer une structure qui lui permettrait d'avoir une existence officielle de manière à perdurer dans ce type d'activités d'une façon plus "professionnelle". Le label de production DA SKUD REKORDZ voyait donc le jour, ceci au travers de la sortie d'un premier disque "Mesure 2 Respect". Il s'agissait là d'un album réunissant différents rappeurs de la scène underground autour du thème du respect. Ce projet s'inscrivait dans une campagne en cours du Ministère de l'Education Nationale, "Le respect ça change l'école". Le projet soutenu par nombres d'institutions fut auto-distribué nationalement, annoncé et chroniqué par la presse spécialisée. L'aventure discographique se poursuit en 2003 pour AIGZOCET, qui sort un premier maxi solo, Aigzostif, toujours auto-produit et auto-distribué. Ce "disque-carte de visite" lui valut diverses invitations sur des projets compilations, albums, mixtapes, à l'échelle nationale. Dans la continuité, en 2004, DA SKUD REKORDZ commençant à faire diffuser son nom, un nouveau projet d'album est posé sur papier. Ce dernier vise à réunir les artistes hip-hop du département de la Dordogne sur un même disque, intitulé "Requiem pour unBeat". Comme pour « Mesure 2 Respect », AIGZOCET se retrouve à la fois artiste et producteur de ce disque également distribué nationalement. Il fait désormais partie du groupe de rap SYNOPSIS en compagnie de son plus fidèle équipier, SAKE.
En Quête d'éclectisme
2005 marque un changement d'orientation artistique pour DA SKUD REKORDZ. Le label ne souhaite plus se cantonner au hip-hop et ouvre donc ses portes à tous styles. Ainsi, le groupe de pop-rock/métal BLIN dont le chanteur/guitariste est un ami d'enfance de AIGZOCET, intègre la structure et sortira son album "TRAJECTOIRES" la même année. 2005 est aussi une année de transition musicale pour AIGZOCET. Il est en manque de musicalité et part ainsi en quête d'innovation. Ainsi, il lui semble intéressant d'exploiter tous les courants musicaux qui le faisait vibrer dès son enfance, le jazz, le rock, la pop... A force de travail, plus pointilleux dans le traitement de ses thèmes et dans la réflexion de ses compositions, il est de plus en plus pris par l'envie de jouer sur scène avec des musiciens en live. L'arrivée du groupe BLIN ne pouvait donc pas mieux tomber, cette formation guitare/basse/batterie se prêtera immédiatement et volontiers au métissage musical de AIGZOCET. Affinant son style, sa griffe, il affirme une couleur musicale plus personnelle. L'album "MESSAGES CARDIAQUES" fait alors briller sa première étincelle.
De l'artiste à l'album
AIGZOCET se plonge alors dans ses carnets et met en place le concept de l'album. Comme une évidence, il met en avant son sujet phare, l'Homme, et décide de parler de l'espèce humaine et des sentiments qui lui sont liées au travers de personnages qu'il va créer puis interpréter. L'objectif ici est surtout d'éviter de traiter un sujet en se contentant d'être un oeil extérieur, mais plutôt d'aller au fond des choses en se plongeant au coeur de l'un des acteurs de la situation. AIGZOCET s'entoure de musiciens, de compositeurs, de chanteurs, et donne vie au fur et à mesure à ce "concept-album" aux textes teintés de conscient, de réflexion mais aussi d'humour.
Dix-huits mois s'écoulent au fil desquels AIGZOCET définit son "profil artistique". Ses influences, ses méthodes, ses attentes sont désormais claires. Pour lui, la noblesse du hip-hop français résonne dans les albums de IAM, Akhenaton, Fabe, Hocus Pocus, Oxmo Puccino, La Rumeur ou encore dans ceux, du côté anglo-saxon, de Nas, Jay-Z, Wu-Tang. Dans la musique en général, il pourra passer de Arctic Monkeys à Minnie Riperton ou de Jacques Brel à Ray Charles. AIGZOCET recherche la force d'un texte, alliée à une originalité et à une authenticité musicale. En cette quête tient la clé même de ses orientations personnelles, cette clé qui donnera donc naissance à l'album "MESSAGES CARDIAQUES", "un voyage au coeur de l'être, parmi les joies, parmi les peines, parmi les manques." Les Hommes y sont décrits comme "génétiquement différents mais humainement semblables", des Hommes qui "s'approprient la Terre", des Hommes qui rient, pleurent, réfléchissent ou se souviennent tout au long des quinze titres proposés. Un album qui parle d'Humanité et qui s'adresse à l'Humanité. Dans la continuité, un travail scénique original a été pensé, alliant musique et interventions théâtrales. Il s'agit là d'un véritable complément de l'album qui va venir mettre en lumière et en vie les personnages évoqués dans les chansons. AIGZOCET interprète chacun d'eux, entre et pendant les morceaux, et se voit épaulé sur scène par ses musiciens, la Brune & les Truands. Les premiers retours seront concluants, AIGZOCET devenant un "artiste repéré" par la salle de musiques amplifiées de Périgueux ou encore le "Coup de Coeur" du concours E-Zique organisé par la salle de concert de Bergerac (24).
Au final c'est un univers que souhaite éclairer AIGZOCET. Cet univers, c'est celui que l'on connaît tous, le nôtre. Comme s'il fallait décrire à nouveau la Terre pour que l'Homme revienne à la réalité, qu'il remette à jour ses valeurs, ses émotions, ses sentiments. Que l'Homme comprenne qu'il est "invité mais sans gêne, une étrangeté génétique en son coeur débranché de l'éthique". Le tout est servi sur un cocktail musical des plus éclectiques allant du rock à la pop en passant par le hip-hop, le trip-hop ou l'électro dans lequel se mêle une technique de chant rap et slam. Cette dernière fait certainement de AIGZOCET un artiste de la scène hip-hop, d'autant plus que c'est via ce courant qu'il est entré dans la musique. Mais il s'agit bel et bien là d'un hip-hop différent, qui n'en a que faire de mettre en évidence des chaînes en or, des femmes dénudées aux bords de piscines ou sur des capots de voiture de luxe. Loin du "gangsta-rap" et de ses déclinaisons, AIGZOCET reste proche de la nature, des valeurs humaines et tente à la manière des rappeurs qu'il respecte, tant pour leur art que pour leur personnalité, d'amener l'auditeur vers une voie musicale nouvelledans laquelle les mots sonnent aussi justes que les mélodies.